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La mobilité urbaine est devenue un enjeu essentiel de société. En effet, les villes cherchent de plus en plus à favoriser les modes de transports actifs (e.g., la marche, le vélo) et l’utilisation des transports en commun pour ainsi réduire l’utilisation de la voiture. L’objectif est de limiter la pollution atmosphérique, le bruit, les accidents ainsi que la hausse de la congestion du trafic imputable à l’augmentation de la population citadine. Néanmoins, parallèlement à la mise en place de ces politiques publiques, l’affluence dans les transports en commun a de multiples conséquences sur l’expérience de l’usager et sur son bien-être. Il a notamment été montré que lorsqu’un usager se trouve en situation de forte affluence, la façon dont il y réagira affectivement dépendra de (1) la densité d’autres usagers (2) l’évaluation des aspects psychosociaux liés à la situation (3) l’évaluation des facteurs environnementaux tels que le bruit et l’odeur. L’impact de ces derniers sur le bien-être des usagers s’est vu très récemment confirmé. Les auteurs ont étudié l’influence des facteurs physiques et humains perçus par les usagers sur leur confort dans le métro de Beijing. Le bruit et l’odeur se sont révélés être les facteurs ayant l’impact le plus important. Les auteurs concluent qu’il est important d’envisager à court terme de s’occuper de ces deux facteurs d’ambiance environnementaux et à long terme, de prendre en charge la hausse de l’affluence et notamment lors des périodes de pointe. Plus particulièrement au niveau de l’odeur. La première façon est appelée la séparation et elle consiste à isoler la source de l’odeur comme par exemple la création de fumoirs ou de zones pour les fumeurs dans certains lieux. La deuxième façon de gérer les odeurs est la désodorisation consistant à supprimer les odeurs grâce au nettoyage des surfaces ou à la collecte des poubelles par exemple. La troisième façon est la diffusion d’un parfum d’ambiance avec pour objectif d’améliorer l’expérience olfactive de l’usager ou du consommateur en attirant son attention vers cette nouvelle odeur agréable introduite. La quatrième façon de gérer les odeurs sera le masquage des mauvaises odeurs par la présence d’une autre odeur. 

Alors que la séparation ne semble pas être une technique applicable aux odeurs rencontrées dans les transports communs, la désodorisation est quant à elle déjà en application puisque les transports publics sont régulièrement nettoyés. Néanmoins, le nettoyage ne résout que partiellement le problème des mauvaises odeurs et il ne peut rien contre les odeurs momentanées, dues à la présence des usagers dans les lieux (transpiration, nourriture, parfums, etc.). 

L’objectif de cette étude est donc de tester et d’évaluer l’effet d’une technique de diffusion sur l’expérience des usagers de transports en commun. De plus, cette technique devrait produire en corollaire un effet de masque qui atténuera la perception des autres odeurs, c’est pourquoi nous souhaitons l’évaluer ici. Enfin, nous avons évalué l’attitude des usagers concernant la mise en œuvre d’une technique de diffusion. En effet, certaines croyances envers les odeurs ou un manque de connaissances quant à leurs conséquences potentielles sur la santé pourraient impacter négativement la façon dont un individu va les percevoir et les évaluer.

HISTOIRE

Depuis le début des années 90, la diffusion de parfum d’ambiance est un procédé qui s’est beaucoup démocratisé. De nombreux chercheurs ont démontré les effets des parfums d’ambiance sur une multitude de dimensions et de facteurs. Ainsi, un parfum pourra affecter les comportements, les intentions, les évaluations, la mémorisation ou encore l’humeur des individus qui y sont soumis. Ces études concernent en majorité la diffusion d’un parfum d’ambiance dans un contexte commercial comme des magasins ou des centres commerciaux. 

Cette recherche de terrain s’est inscrite dans le cadre de la mise en place du premier projet mondial de diffusion de parfums d’ambiance dans les rames de tramway de la ville de Montpellier. C’est la société Arthur Dupuy® qui a conçu et développé ce projet, les signatures olfactives et le dispositif de diffusion sèche mis en place dans la rame au cours de la première phase du projet. Nous avons réalisé la présente étude au cours de cette phase d’expérimentation. Un seul et unique facteur environnemental a été manipulé : la présence ou l’absence d’un parfum d’ambiance dans le tramway. L’objectif était de déterminer l’impact de la diffusion d’une signature olfactive dans le tramway de Montpellier sur l’expérience des usagers et sur leur attitude envers la présence d’un tel dispositif. En vue de recueillir les données, nous avons créé un court questionnaire que nous avons administré directement dans les rames de tramway de la ville. Nous avons récolté les données à deux moments différents. Lors du premier, seuls des usagers qui voyageaient dans la rame parfumée étaient interrogés à propos de l’odeur ambiante. Lors du second moment, les usagers interrogés voyageaient en l’absence de parfum d’ambiance.

analyses statistiques/RÉSULTATS

⇒ Perception spontanée et intensité perçue

Ces premiers résultats suggèrent que le parfum était suffisamment concentré dans l’air pour les usagers remarquent ou puissent remarquer sa présence dans la rame.

⇒ Genre et âge

Concernant les facteurs sociodémographiques, nous pouvons constater que seul l’âge est corrélé négativement à l’intensité perçue pour le groupe « rame parfumée ». Ceci est en adéquation avec la littérature qui met en évidence un déclin des capacités olfactives avec l’âge).

⇒ Caractère agréable et évocation

Les résultats portant sur le caractère agréable mettent en exergue le fait que la diffusion d’un parfum a priori agréable en laboratoire est également perçue comme étant plutôt agréable dans une rame de tramway. De plus ceci est confirmé par les différences observées en termes d’évocations puisque la présence du parfum semble faciliter la production d’évocations d’une manière générale et plus particulièrement, d’évocation à valence positive.  Cela valide donc nos deux premières hypothèses.

⇒ Perception d’autres odeurs

La présence du parfum aurait un effet masquant, réduisant ainsi les chances qu’un usager sente d’autres odeurs présentes autour de lui. N’ayant aucun contrôle sur la présence ou l’absence d’odeurs autre que le parfum d’ambiance, il ne peut pas être exclu que la différence observée puisse être due en partie au hasard. Il est possible que moins d’odeurs aient été présentes dans la rame parfumée lors de la collecte de données.

⇒ Souhait de voyager avec ou sans parfum d’ambiance

La présence d’un parfum d’ambiance viendrait influencer l’attitude explicite des usagers envers la présence même de ce parfum. Ce résultat paraît cohérent avec l’idée que la formation d’une attitude explicite dépend du contexte. Les participants du groupe « avec parfum » ont trouvé l’odeur ambiante plus agréable que ce du groupe « sans parfum ». Cela aurait donc créé un contexte plutôt favorable à la formulation d’une attitude favorable envers la présence d’un parfum d’ambiance dans le tramway.

⇒ Interactions entre le caractère agréable, l’intensité perçue, la perception d’autres odeurs et la préférence de voyage

Ainsi, on peut supposer qu’en présence d’une odeur ambiante, le souhait de voyager avec ou sans odeur d’ambiance dépend de du caractère agréable et de l’intensité perçue de la signature olfactive, ainsi que de l’absence de perception d’autres odeurs.

conclusion

Les principaux résultats montrent que la présence du parfum d’ambiance augmente le caractère agréable de l’odeur ambiante et atténue la perception des autres odeurs inhérentes aux transports publics (transpiration, nourriture, parfums, etc.). En outre, l’attitude des usagers à l’égard de l’utilisation d’un tel dispositif dans les voitures de tramway s’est améliorée lorsqu’ils étaient en présence de l’odeur ambiante. Les parfums d’ambiance pourraient être un outil intéressant pour améliorer le confort olfactif des usagers des transports publics. En outre, l’utilisation de signatures olfactives (parfums sur mesure développés à des fins de positionnement et de marketing) semble particulièrement appropriée. Ces parfums ont un fort potentiel de masquage car ils sont composés de plusieurs molécules odorantes. En outre, leur caractère unique peut renforcer l’identité de lieux comme les transports publics, promouvoir l’inclusion sociale et le patrimoine olfactif d’une région.